La plupart des femmes sont si artificielles qu'elles n'ont aucun sens de l'art. La plupart des hommes sont si naturels qu'ils n'ont aucun sens du beau... (Oscar Wilde)
Il ne savait pas encore à quel point il avait raison. Comme vous pouvez le constater, la société moderne accorde une importance primordiale à l'apparence.
Tout autour de nous y concourt. Il faut acheter tels habits pour avoir le style voulu sans quoi personne ne nous remarque, il faut acheter tel produit pour paraître plus jeune qu'on ne l'est, il faut avoir soit les muscles et les tatouages, soit les formes et le maquillage. Bref, il faut être beau et faire en sorte que la peinture de notre façade extérieure brille tant que les gens qui nous regardent puissent se voir dedans. Se voir dedans... c'est un peu l'idée d'ailleurs, car l'humain aime qu'autrui lui ressemble. Soyez jeune et beau ou ne soyez plus, les vieillards et les "déchets" doivent être cachés pour laisser croire à tout un chacun que la vie est en sucre et que le monde est peuplé de créatures parfaites.
Ainsi, ce n'est pas pour rien que beauté rime avec vanité. N'avez-vous pas remarqué à quel point la beauté peut rendre certaines personnes détestables et prétentieuses et les empêche de ressentir un autre amour que celui qu'ils portent à eux-mêmes. Le monde est leur miroir préféré et ils jouissent de leur reflet dans le regard d'autrui, ce même autrui qu'ils aiment écraser par leur supériorité. Je vous entends d'ici: "Non mais c'est faux, tout le monde n'est pas comme ça!". Malheureusement, vous ne vous rendez pas compte...
Avez-vous déjà eu envie d'être l'ami d'une fille laide comme un crapaud ou d'un obèse chauve? Votre première réaction sera de voir les défauts de son apparence, et de chasser cette personne de votre esprit. Vous ne chercherez pas à savoir si l'être que vous venez de balayer du regard a d'autres qualités non visibles. La beauté intérieure vous apparaît alors comme une douce plaisanterie, mais vous ne voulez pas pour autant qu'on vous qualifie de superficiel(le). Être différent des critères collectifs de ce qui est bon et beau n'est en définitive pas acceptable. Ainsi, laideur rimerait-elle avec valeur? Les personnes souffrant de cette laideur sont-elles plus dignes d'intérêt? Je ne pense pas qu'elles le sont toujours, car elles ressentent la jalousie ou l'obsession et, avec une autre apparence, elles seraient tout aussi vaniteuses que le restant.
Un autre aspect du superficiel en général est bien évidemment le sexe, et ce qu'on appelle l'amour. Le but principal de la jeunesse est de plaire, aidé par ses atouts corporels et son attitude plus ou moins préprogrammée, si proche des codes des parades de séduction chez les animaux. Son autre but est également de détruire, détruire ce qui ne lui plaît pas et rire de sa nouvelle puissance (cf: le défouloir que propose le virtuel à défaut de violence réelle) mais c'est un peu hors-sujet, même si cela prouve encore la haine de la différence et le souci de se créer un ennemi pour se sentir exister.
Mais revenons à nos moutons. Pour ce qui est du sexe, nous en avons des preuves sous les yeux à longueur de temps: le mot "parade" n'est pas exagéré. On ne parle plus alors d'amour mais d'un mensonge que l'on se fait à soi-même et aux autres afin de satisfaire ses besoins primitifs. Les hommes mentent, les femmes jouent, les chiens aiment (ils sont peut-être les seuls). Nous ne vivons que pour trouver une exception ou, par dépit, profiter au maximum des plaisirs factices et éphémères que l'on trouve sur notre route. "Je t'aime" devient aussi passionné qu'un "Passe-moi le sel" mais de toute façon, plus personne n'y croit puisque le jeu a remplacé l'amour. Malheur aux âmes innocentes, elles ne garderont pas longtemps leurs illusions.
Aussi, j'en arrive à l'explication de l'illustration de cet article. Voyez-vous, les zombies sont une parfaite critique de la société. Carcasses pourrissantes et dénuées d'humanité, elles la font pour autant ressurgir au plus profond de nos entrailles. Ces scénarios catastrophes présentent le zombie comme le fruit d'une épidémie et transforme l'humain en corps sans conscience, et sans but sinon celui de dévorer son prochain. Comme si l'humanité entière était soudain mise au même niveau et libérée de toute mesquinerie sociale. Après être passé du stade de monstre déguisé mais sensible au stade de monstre pur mais irrécupérable, l'humain renaît.
La laideur dévore la beauté... et croque dans son joli visage à pleines dents, la saigne comme une génisse pour avaler sa chair fraîche et délicate, mais au fond plus pourrie que celle d'un cadavre, pourrie de l'intérieur par son idiotie et sa prétention. J'ai l'air d'un psychopathe? Mais non, c'est une belle métaphore, admettez que c'est jouissif. Jouissif de voir ces personnes rendues vides par leur beauté se faire submerger dans la masse de leurs anciens congénères, se débattre en vain pour finalement se faire dévorer vivantes. Surtout lorsque l'on sait que la morsure est l'ancêtre du baiser. Joli retour de bâton.
Ici bas donc, plus de paillettes, ni d'artifices... Après s'être faite croquer, la beauté est beaucoup moins belle dès que son sang commence à couler et sa chair à se déchirer. Mais après tout, tout ceci n'est qu'un cauchemar volontaire destiné à vous faire réfléchir au-delà de la simple vision d'horreur.
Le monstre au visage d'ange,
l'ange au visage humain,
l'humain à visage de monstre...
Le premier est un danger,
le second est en danger,
et le troisième un prisonnier.
Toute fleur finit par se faner. Dead are future, anyway.